Métabolisme. Une réflexion dans la lutte contre Covid-19.

Par le Dr. Gauthier Desmarchelier

Pourquoi s’attarder à une réflexion sur le métabolisme peut nous faire gagner du temps dans la lutte contre Covid-19.

Pour les soignants, il est évident depuis le début de l’épidémie de  Covid que les personnes à risque présentent un terrain  métabolique dégradé: diabète, syndrome métabolique, hypertension, obésité, hypothyroïdie, cancer, corticothérapie…           

Ainsi, ce constat d’emblée amène à nous interroger sur la relation virus-hôte, sur les défenses de l’organisme (et de la population) et sur les moyens de renforcer leur résilience face à l’infection.

Du point de vue du coronavirus:

CoV essaie de se répliquer. Pour cela il a besoin d’ATP. En effet, plus il y a d’énergie disponible (ATP, H+, O2, H2O) plus il lui est facile d’utiliser la machinerie cellulaire de son hôte.

Ceci est le cas chez les enfants et les personnes ”jeunes” qui fabriquent facilement de grandes quantités d’ATP en “brulant” leurs graisses (oxydation des acides gras).

Il semble effectivement que le coronavirus utilise ce mécanisme puisque les cellules infectées fabriquent beaucoup de lipides. (Upregulation of FAS)

Métabolisme protecteur de l’hôte

Heureusement c’est aussi un avantage pour la personne infectée par le virus. Ses globules blancs vont alors pouvoir utiliser les lipides pour faire fonctionner ses mitochondries (les usines à énergie de nos cellules qui consomment de l’oxygène) et bien réguler son immunité.

De bonnes mitochondries lui permettent de fabriquer des anticorps, de faire un peu monter la température et de ne pas s’emballer vers des modes de défense incontrôlables (orage de cytokines). Donc chez eux le problème virus se règle assez facilement.

Quand on ne peut “brûler” les lipides

Cependant, utiliser les lipides n’est pas toujours possible, c’est le cas dans certaines maladies et dans le stress chronique. Quand le corps est stressé il va faire appel à toutes ses ressources et ‘bruler’ aussi des glucides et des protéines.

C’est très utile ponctuellement. Mais si cela se prolonge pendant des années, les mitochondries s’habituent à ce schéma de fonctionnement et perdent leur capacité à utiliser les lipides. Notamment c’est ce qui se passe avec le vieillissement et dans certaines conditions d’existence. C’est également ce qui conduit à la plupart des maladies de civilisation.

Le métabolisme et le vieillissement.

En effet, on perd naturellement avec l’âge la flexibilité métabolique. Certains ont pu constater qu’avec les années on devient plus frileux. Faute d’avoir entretenu notre résilience métabolique.

En conséquence, on ne peut plus se réchauffer de l’intérieur comme ces enfants d’avril qui jouent dehors en T-shirt.

Au bout du fil de notre vie nous devenons moins efficients dans notre gestion de l’énergie. Comme autrefois la grand-mère frileuse devant la cheminée. Notre métabolisme tourne au ralenti, il s’est progressivement figé. C’est l’évolution naturelle vers la senescence. D’où les difficultés actuelles pour les personnes âgées.

Maladies métaboliques.

C’est aussi le cas pour l’hypothyroïdies sévères où l’absence de T3 empêche les cellules d’utiliser la lipolyse (bruler du gras).

C’est aussi le cas des personnes diabétiques et des personnes obèses qui ont des difficultés à assurer un métabolisme normal. (Sans être diabétique, certains se sont probablement rendu compte qu’il fait un peu frais après le repas…)

Pourquoi des jeunes ?

Mais on constate qu’il y a aussi parmi les cas graves des personnes jeunes. C’est rare et on ne sait pas bien l’expliquer.

Certains ont pris des médicaments toxiques pour leur mitochondries (ibuprofène, excès de paracétamol, alcool). Tandis que d’autres ont hérité d’un défaut métabolique.

Parfois leur mode de vie les a amenés à “vieillir prématurément” certains organes, leur foie par exemple. Cela empêche leur foie d’effectuer cette gymnastique métabolique (NAFLD, stéatose hépatique). Ils paraissaient en pleine forme, mais souffrent de ce “petit défaut métabolique” qui les empêchent de pratiquer ce changement de combustible que tout un chacun effectue naturellement…la nuit.

C’est le cas des insomniaques, des noctambules, et autres accros aux écrans. En forçant leur corps à rester en mode “jour” leur glycémie reste élevée. Ils se privent d’utiliser leurs mécanismes d’autoréparation métabolique.  Leur foie souffre.

On peut en constater les effets sur les examens biologiques, prise de sang. (HbA1C, TSH, T3, TRIG, Transaminases, GGT, LDH, NLR…) ou l’imagerie.

La conséquence pratique la plus évidente de ces informations est assez simple : aller se coucher tôt. 

On s’épargnera ainsi quelques formes graves.

Comment améliorer votre métabolisme?

Pour en avoir constaté depuis dix ans les effets bénéfiques chez mes patients souffrant de maladies métaboliques, je ne peux que recommander cette prescription simple et gratuite: Click…Dodo…

J’ai entendu bien sûr toutes sortes de contre arguments, je connais les réticences habituelles. Cela semble inatteignable pour beaucoup. Ça ne l’est pas. Le sommeil est une clé fondamentale dans notre régulation métabolique, il ne faut pas la négliger.

Cela demande juste un peu de réflexion, de réorganisation du temps et d’autodiscipline.

D’autres n’ont pas cette possibilité, ce luxe : les soignants, les premiers recours, les militaires… Il existe d’autres solutions pour réduire leurs risques métaboliques. Se prémunir d’une infection grave reste le meilleur moyen de les protéger eux.

Ceci est une piste de réflexion assez schématique, pas une prescription, ne changez pas votre traitement. Demandez l’avis de votre médecin.

Par le Dr. Gauthier Desmarchelier, le 9 avril 2020