Argile et santé – Conférence

Argile et santé – Par Michel Rautureau – Maître de Conférences retraité, docteur d’état ès sciences physiques, HDR – Avec la collaboration du Docteur J.C. Charrié – Docteur en médecine, La Rochelle

Objectif du sujet présenté :

Les argiles forment une famille de minéraux silicatés qui semblent être bien connues par un très large public.

Cette connaissance est essentiellement due aux usages traditionnels dont l’origine remonte à la plus haute antiquité. Pour rester dans le domaine de la santé, il convient de reconnaître que de nombreux animaux se sont toujours rapprochés des zones contenant de l’argile et en ont tiré des bienfaits que les humains se sont rapidement et très durablement appropriés.

Le but de cette conférence

Le but de cette conférence était de présenter l’apport des sciences à l’exploitation patrimoniale de l’argile pour la santé courante mais aussi parfois dans le traitement d’états gravissimes pouvant sortir des domaines de possibilités de la médecine traditionnelle.

En dehors de l’aspect « santé », l’emploi des argiles entre dans de nombreuses applications dites « de bien-être » dont les résultats sont loin d’être négligeables pour que l’organisme puisse aborder dans de bonnes conditions des étapes pathologiques (ou non) de son existence.

Qu’est-ce que l’argile :

La formation de l’argile sur le plan géologique résulte de l’altération des roches silicatées lors des agressions météorologiques ou hydrologiques.

Les produits formés sont entraînés par ruissellement et viennent sédimenter dans les océans. Ils sont alors enfouis, subissent éventuellement une diagenèse et des transformations métamorphiques pour redonner des roches qui reviendront en surface dans un temps géologique, le cycle recommence alors.

Pour aller plus loin  nous vous conseillons de consulter : Millot G., Pour la Science, Les argiles, 1979, 20,61-73.

Les altérations étant dépendantes des climats, la répartition planétaire des diverses argiles dépend des zones climatiques et on peut ainsi comprendre les divers usages qui en sont faits dans les zones équatoriales, tropicales ou tempérées de la planète.

Propriétés de l’argile

L’argile est un matériau minéral (constitué d’ions, jamais de carbone) dont les propriétés sont très particulières car il n’a pas de forme caractéristique visible à l’œil nu.

Le principal constat reconnu est sa capacité à se combiner à l’eau pour donner des pâtes plus ou moins fluides pouvant aller jusqu’à une véritable suspension.

Actuellement les propriétés de chacun de ces états sont assez bien modélisées par les scientifiques spécialistes des argiles, sans toutefois parvenir à maîtriser la modélisation des paramètres impliqués dans le passage d’un état à l’autre (solide compact, poudre, pâte, barbotine et suspension), d’où l’intérêt de ces études.

Le Kaolin

Nous n’avons pas traité de l’ensemble des connaissances minéralogiques des argiles (voir : « Minéralogie des argiles, Caillère S., Hénin S. & Rautureau M., Masson, 1982, 2 tomes) mais nous avons abordé la description des caractères argileux sur une espèce bien connue : le kaolin.

Le kaolin est une roche argileuse qui contient un minéral argileux nommé kaolinite. Celle-ci peut-être extraite et on l’utilise généralement sous forme de pâte contenant de l’eau. Lors de l’exposé nous avons projeté une image de microscopie électronique à balayage en montrant un aspect invisible à l’œil nu.

Rendre publiques les études scientifiques sur l’argile

En augmentant le grandissement nous avons montré la constitution cristallisée, puis la nature phylliteuse des cristallites (en feuillets) et enfin une vue à l’échelle des atomes montrant la convergence de l’expérience ultime de microscopie électronique en très haute résolution avec le modèle structural cristallochimique du minéral. L’intérêt était de faire parcourir au public toutes les échelles accessibles lors d’une étude scientifique complète (Universités d’Orléans, de Strasbourg et de Tokyo).

Argile_origine_microcristaux_feuillets

Utilisation des argiles :

L’utilisation des argiles ou plus précisément des terres argileuses est ancestral dans le monde vivant (animal ou végétal). Deux utilisations se distinguent : les soins de la peau et les soins gastro-intestinaux. Toute autre utilisation impliquant l’intérieur de l’organisme est strictement impossible.

Dans ce cadre nous avons évoqué les bains de boue, les implications dermatologiques ou cosmétiques ainsi que la géophagie avec l’exemple de la consommation de kaolin par les perroquets Aras en Amazonie, mais il en existe beaucoup d’autres.

 

 

Implications_dermatologiques_cosmétiques_géophagie
L’emploi de l’argile la plus pure possible a été abordé dans le domaine des plaies infectieuses.

Il est en effet connu que l’application d’argile sur une plaie soit évite ou minimise l’infection, soit participe à la lutte contre les micro-organismes et permet d’obtenir une évolution des atteintes permettant aux praticiens médecins d’intervenir, soit des guérisons directes.

Nous avons donné deux exemples typiques : les escarres et les ulcères de Buruli :

Escarres_ulcères_de_Buruli

Ensuite, nous avons traité des aspects très importants de la réhydratation des organismes et de la géophagie (forme de PICA universellement répandu sous des aspects très varié).

Ce domaine relève de la propriété fondamentale des argiles de pouvoir fixer, par absorption ou par adsorption, une immense variété d’ions minéraux ou de molécules organiques qui peuvent, après fixation être restitués au milieu extérieur à l’argile.

Ainsi, une réhydratation lente et douce est possible grâce à l’argile qui a fixé de l’eau et devient disponible pour un organisme en état de déshydratation.

Par contre la géophagie consiste à consommer de l’argile (plus communément de la terre chez la plupart des populations concernées).

L’organisme se trouvant face à un apport d’ions ou de molécule peut y puiser des éléments utiles mais aussi malheureusement des éléments nocifs ; cette procédure devrait être sous contrôle médical, malheureusement elle ne l’est pas souvent.

En revanche, l’ingestion d’argile, contrôlée médicalement, se fait couramment pour soigner de nombreuses pathologies gastro-intestinales.  

Par exemple des diarrhées et même des états infectieux beaucoup plus graves (choléra dans des situations géographiquement éloignées où les médicaments n’arrivent pas).

Ce sujet est développé dans la publication: ABC de l’argile, J.C. Charrié, éd. Granché, 2007).

Quelles sont les propriétés des argiles utiles pour ces applications :

Nous avons montré par la microscopie électronique la constitution fine des argiles, à savoir ce sont des phyllosilicates hydratés microcristallisés, la distance entre les feuillets étant située entre 7 et 12 angströms.

La cristallochimie précise l’organisation des atomes, ou plutôt ici des ions, constituant ces minéraux.

Il y a deux grands types de feuillets dont les modèles de structures cristallines (agencement des ions) sont données ci-dessous :

Propriété_des_argiles

Nous avons vu que les argiles proviennent essentiellement de la destruction des roches silicatées.

Ce processus de dégradation précédant la genèse des argiles justifie que la plupart d’entre elles sont porteuses de nombreux défauts de substitution d’ions.

Il en résulte des déséquilibres de charges électriques qui sont compensés par des ions qui se logent dans l’espace interfoliaire, ils peuvent souvent être échangés.

Ce sont ces ions qui donnent des propriétés aux argiles : c’est la capacité d’échange ionique du minéral. On peut ainsi stabiliser des déséquilibres stomacaux acides par exemple.

En pédologie, c’est cette propriété d’absorption, d’adsorption et d’échange qui permet aux plantes de trouver les ions minéraux indispensables à leur croissance.
Un second processus exploitable réside dans la morphologie même des particules argileuses.

Étant microcristallisées, les argiles présentent une très forte surface spécifique (atteignant 845 m² par gramme pour une smectite du type montmorillonite).

Cette importante surface permet la fixation par adsorption d’ions ou de molécules. La fabrication de shampoings à l’argile exploite ce processus.

Enfin, un troisième processus exploite la forme elle-même des particules car la kaolinite est formée de particules de tailles inférieures à 2 micromètres (2 millièmes de millimètre).

À cette échelle, ces particules sont très rigides et leur finesse leur confère des propriétés coupantes. Par exemple il est possible de réaliser un gommage dermique en utilisant une pâte de kaolin.

L’utilisation des argiles :

Il ne faut pas considérer l’argile comme un produit universellement bénéfique.

Rappelons que les argiles sont des « phyllosilicates » et que parmi ces argiles il en existe de fibreuses qui sont extrêmement dangereuses. C’est le cas du chrysotile par exemple, qui est le composant majoritaire de l’amiante dont on connait à présent le caractère hautement cancérigène (mésothélione dans le cas de l’inhalation).

L’emploi de l’argile doit être contrôlé.

À titre d’exemple, il ne faut pas l’associer à la prise de médicaments : ceux-ci ont une forte chance d’être fixés par l’argile et deviennent alors inutiles.

De même l’emploi d’argile est fortement déconseillé avec l’ingestion simultanée d’huile car un très fort durcissement  en masse du minéral risque de se produire (il y a d’ailleurs contradiction car le produit gras en général associé à une constipation et l’argile destinée à traiter une diarrhée).

La couleur de l’argile est un critère de commercialisation abusif. La couleur est due à la position des ions dans la structure mais la même couleur peut-être due à des structures différentes.

Il faut être prudent et ne pas considérer ce critère comme une certitude de propriété d’application.

La géophagie :

Il s’agit de la consommation de terre.

La propriété de plasticité à l’eau rend la terre argileuse apte à une consommation initialement consacrée à casser les douleurs de la faim.

L’usage s’est répandu de manger de la terre pour bénéficier de prétendus bienfaits.

Le nombre des justificatifs de la géophagie est immense. Cette pratique doit être considérée avec la plus grande prudence et en tout cas réservée à des cas de grandes difficultés (la faim ou la déshydratation par exemple).

Effectivement, de nombreux animaux pratiquent la géophagie, à l’exemple des perroquets cité ci-dessus.

L’avenir

Les études actuelles permettent de grands espoirs dans la connaissance des mécanismes de fonctionnement des argiles utilisées pour des soins de bien-être ou comme médications d’extractions naturelles.

Une difficulté réside dans les processus de formation géologique très lents à notre échelle humaine : ce sont donc de minéraux précieux dont il faut prendre garde aux utilisations peu utiles et abusives (par exemple fabriquer des litières pour les petits animaux de compagnie ce qui détruit à coup sûr des gisements précieux).

Une autre difficulté se trouve dans la méfiance des institutions conventionnelles.

L’argile est un matériau aux très nombreuses propriétés, très peu coûteux et de répartition quasi universelle.

Elle est donc destinée à devenir une ressource importante dans les actions sanitaires d’urgence et en situations difficiles et éloignées (rôle des ONG).

Bibliographie_argile